Votre cheval présente un gonflement au niveau du tendon, une boiterie soudaine ou simplement une chaleur anormale après le travail ? Cette découverte inquiétante mérite une réaction rapide et informée pour préserver l’avenir sportif de votre compagnon.
Une tendinite chez le cheval impose un repos strict de 3 à 12 mois selon la gravité de la lésion, avec un protocole précis combinant anti-inflammatoires, application de froid et suivi vétérinaire régulier par échographie. Le tendon fléchisseur superficiel reste le plus touché, provoquant cette déformation caractéristique en « banane » à l’arrière du membre. La médecine régénérative avec injection de PRP ou de cellules souches améliore de façon significative le pronostic lorsqu’elle est pratiquée dans les six premières semaines. La reprise du travail s’étale sur plusieurs mois en plus, avec une progression millimétrique pour éviter la rechute qui concerne malheureusement de nombreux chevaux mal rééduqués.
Mais voici ce que peu de propriétaires réalisent : le terrain sur lequel vous travaillez votre cheval joue un rôle déterminant dans l’apparition de ces lésions tendineuses. Les sols trop profonds et instables sollicitent les tendons bien plus intensément que les surfaces dures, contrairement à l’idée reçue. Comprendre cette mécanique vous permettra d’adapter votre travail quotidien et de protéger durablement les membres de votre cheval.
Pourquoi le sol mou fragilise les tendons de votre cheval plus que vous ne le pensez
La croyance populaire voudrait qu’un sol souple protège les membres de votre cheval, mais la réalité biomécanique raconte une histoire bien différente qui explique pourquoi tant de tendinites surviennent sur des terrains que l’on pensait sécurisants.
La biomécanique du tendon sur terrain instable : ce qui se passe vraiment dans la jambe du cheval
Lorsque le sabot s’enfonce dans un sol profond, le boulet descend beaucoup plus bas qu’il ne le devrait, créant une hyperflexion qui étire les tendons fléchisseurs bien au-delà de leur amplitude normale. Sur un terrain dur, le tendon travaille dans sa zone de confort avec un allongement contrôlé de quelques millimètres, tandis que sur un sol mou, cet étirement peut atteindre plusieurs centimètres à chaque foulée. Cette différence apparemment minime se traduit par des centaines de MICRO-TRAUMATISMES accumulés lors d’une séance de travail ordinaire, où les fibres tendineuses subissent des contraintes mécaniques répétées qui fragilisent peu à peu leur structure. Le tendon fléchisseur superficiel encaisse la majorité de cette tension excessive, expliquant pourquoi il représente la localisation la plus fréquente des lésions tendineuses chez les chevaux travaillant régulièrement sur des surfaces instables.
Voici maintenant les contextes précis où ce mécanisme devient réellement dangereux :
Les situations à haut risque que tout cavalier devrait éviter
- Paddocks boueux en automne/hiver : risque élevé – la boue créant une résistance variable sollicite les tendons de manière imprévisible lors des déplacements quotidiens. Limitez le temps au paddock durant les périodes les plus humides et privilégiez les zones drainées ou stabilisées avec des dalles caoutchouc aux points de passage fréquents.
- Reprise du travail après pluie sur sable profond : risque très élevé – le sable gorgé d’eau devient particulièrement meuble et piégeant, multipliant les contraintes sur les tendons fléchisseurs. Attendez que votre carrière ait suffisamment séché ou réduisez l’intensité et la durée de la séance de moitié par rapport à vos habitudes.
- Longe dans un rond de longe trop meuble : risque élevé – le cercle restreint combiné au sol profond amplifie les forces de torsion sur les membres internes. Vérifiez la fermeté du sol avant chaque séance et privilégiez un travail en main sur ligne droite si le terrain n’est pas optimal.
- Travail prolongé en carrière arrosée excessivement : risque modéré à élevé – l’arrosage destiné à limiter la poussière transforme parfois la surface en piège pour les tendons si le dosage n’est pas maîtrisé. Testez la profondeur d’enfoncement du sabot (ne devrait pas dépasser 2-3 cm) et ajustez votre programme d’arrosage en conséquence, particulièrement avant les séances intenses.
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Reconnaître, traiter et gérer la convalescence d’une tendinite chez le cheval
Face à une suspicion de lésion tendineuse, chaque heure compte pour limiter l’aggravation et préserver les chances de récupération complète de votre cheval.
Du premier signe d’alerte au diagnostic vétérinaire : agir vite et bien
Les symptômes d’une tendinite se manifestent selon un spectre de gravité qu’il faut savoir décoder :
- Chaleur localisée sans boiterie : premier signal d’alarme souvent négligé, palpable sur le trajet du tendon après le travail. Appliquez immédiatement de la glace et mettez votre cheval au repos complet jusqu’à l’examen vétérinaire prévu dans les 24-48 heures.
- Engorgement post-travail : gonflement diffus qui persiste plusieurs heures après la séance, témoignant d’une inflammation active des structures tendineuses. Doublez l’application de froid (20 minutes toutes les 4 heures) et contactez votre vétérinaire le jour même.
- Sensibilité à la palpation : réaction douloureuse lorsque vous exercez une légère pression le long du canon, signe que les fibres tendineuses sont déjà endommagées. Stoppez tout travail monté et organisez un examen clinique dans les 12 heures.
- Déformation visible du canon : aspect en « banane » caractéristique d’une tendinite du fléchisseur superficiel, visible à l’œil nu sur le profil du membre. Intervention vétérinaire URGENTE requise avec mise en place d’un bandage de soutien en attendant.
- Boiterie à froid ou à chaud : claudication franche indiquant une lésion avancée nécessitant un diagnostic échographique immédiat. Le vétérinaire utilisera l’échographie pour visualiser précisément l’étendue des dégâts, différencier une atteinte du tendon fléchisseur superficiel (pronostic plus favorable avec 70-80% de retour au niveau antérieur) d’une lésion du tendon fléchisseur profond (plus complexe, souvent localisée sous le boulet, avec risque accru de rechute), et établir un protocole de traitement adapté à la gravité réelle de la situation.
Passons maintenant au parcours de guérison qui attend votre cheval 📋
Le protocole complet de récupération : de la phase aiguë au retour au travail
| Phase | Durée | Activités autorisées | Activités interdites | Soins recommandés | Signes positifs | Signes de rechute | Gestion optimale |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Phase 1 : Repos strict | 0-3 mois | Marcher en main 10-15 min/jour après le 1er mois, pansage quotidien | Tout travail monté, longe, liberté au paddock | Anti-inflammatoires (5-7 jours), application de froid (3 semaines), argile verte, bandages de repos, injection de PRP à J+7-10 (coût 300-600 €) ou cellules souches dans les 6 semaines (coût 1500-2500 €) | Diminution progressive du gonflement, disparition de la chaleur, échographie de contrôle montrant réorganisation des fibres | Réapparition de chaleur, sensibilité accrue, boiterie même légère | Box avec sorties en main (contrôle total) vs Pré de petite taille clôturé (risque de mouvements brusques mais meilleur moral) |
| Phase 2 : Reprise au pas | 3-6 mois | Travail monté au pas 20-45 min, terrain plat et ferme uniquement, marcheur possible | Trot, galop, cercles serrés, dénivelés, sol mou ou profond | Massages avec gels circulatoires, bandes de travail, compléments riches en MSM et collagène (type Ekyflex Tendon), ferrure orthopédique adaptée (surcoût 30-50 €/parage) | Absence totale de réaction inflammatoire post-séance, échographie confirmant consolidation (alignement des fibres) | Moindre chaleur après travail, boiterie discrète, refus de se laisser palper | Alternance box/petit paddock sec avec surveillance quotidienne des membres, éviter sorties prolongées par temps humide |
| Phase 3 : Retour progressif | 6-12 mois | Trot fractionné (5 min puis 10 min), introduction du galop (derniers mois), exercices variés sur sol stable | Sauts, travail intensif, compétitions, terrains variables ou boueux | Poursuite de la supplémentation, échauffement prolongé (15 min minimum au pas), douches froides systématiques post-travail, contrôles échographiques tous les 2 mois | Aucune réaction inflammatoire, performance croissante, examens vétérinaires rassurants | Irrégularité dans les allures, raideur matinale persistante, moindre engorgement | Pré possible avec congénères calmes sur terrain drainé, maintien d’une vigilance accrue sur qualité des surfaces de travail |
La médecine régénérative transforme réellement le pronostic lorsqu’elle est appliquée au bon moment : l’injection de plasma riche en plaquettes dans la zone lésée stimule la cicatrisation en apportant des facteurs de croissance directement aux fibres tendineuses endommagées, tandis que les cellules souches issues de la moelle osseuse ou du tissu adipeux du cheval favorisent une régénération tissulaire de meilleure qualité. Les études vétérinaires montrent que ces techniques augmentent le taux de retour au niveau sportif antérieur de 60% à 85% selon la gravité initiale de la tendinite, réduisant simultanément le risque de rechute de 40% à 20% comparativement au traitement conventionnel seul. Le coût global d’une convalescence bien menée oscille entre 2000 € et 5000 € sur l’année complète, incluant les suivis vétérinaires réguliers, les traitements de médecine régénérative, la ferrure adaptée et la supplémentation spécifique, sans compter les frais d’hébergement si votre cheval nécessite une structure spécialisée dans la rééducation équine.










