Le canon du cheval, c’est ce segment long et fin qui court entre le genou (ou le jarret) et le boulet, et vous allez le situer en quelques secondes sur votre propre cheval. Il correspond à l’os métacarpien III à l’avant et à l’os métatarsien III à l’arrière, entouré de tendons, d’un ligament et presque de rien d’autre : pas de muscle pour amortir les coups. C’est ce qui en fait une zone à la fois solide et vulnérable, sujette aux suros, aux bucked shins, aux tendinites et, plus rarement, aux fractures. Un canon chaud, gonflé ou douloureux à la palpation mérite un avis vétérinaire sans traîner. Dans les lignes qui suivent, je vous détaille l’anatomie, les pathologies, la méthode pour palper et les bons réflexes de prévention, avec quelques repères sur le matériel de protection.
Où se situe le canon du cheval et à quoi sert-il ?
Avant de parler pathologies et soins, il faut savoir de quoi on parle, et c’est plus simple qu’il n’y paraît.
Le canon en une phrase : définition et repère visuel simple
Le canon du cheval est la partie des membres comprise entre l’articulation du haut (genou ou jarret) et le boulet, soutenue par un gros os long. Pour le repérer : descendez le long de la jambe depuis le genou, vous suivez une surface droite, lisse, sans muscle, jusqu’à la bosse arrondie du boulet. Ce segment encaisse une grande partie du poids et des forces de la locomotion1. Petite parenthèse de vocabulaire : le mot « canon » désigne aussi la partie du mors qui se loge dans la bouche, et l’os canon existe chez les ruminants. Ici, on reste bien sur les membres du cheval. 🐴
Antérieur ou postérieur : où commence et où finit le canon ?

Pour visualiser le schéma, imaginez un membre vu de profil avec 6 à 8 repères étiquetés : le genou, le jarret, le canon antérieur, le canon postérieur, les tendons fléchisseurs, le ligament suspenseur du boulet, le boulet et le paturon. À l’avant, le canon part du genou (carpe) et rejoint le boulet ; à l’arrière, il part du jarret (tarse) et fait de même2. Le canon postérieur est en général un peu plus long et plus fin que l’antérieur, qui est plus massif parce qu’il porte davantage de poids. Les tendons fléchisseurs courent à l’arrière du canon, le ligament suspenseur se glisse entre l’os et les tendons, puis tout converge vers le boulet, avant que le paturon ne prenne le relais vers le sabot. Cette organisation est la même sur les deux bipèdes, avec des proportions un peu différentes.
Anatomie du canon : une zone qui encaisse beaucoup
Derrière son allure toute simple, le canon cache une mécanique bien pensée, qu’il faut comprendre pour saisir pourquoi il casse parfois.
Os, tendons et ligament : ce qui compose le canon
Le canon repose sur un os long et dense, le métacarpien III (devant) ou métatarsien III (derrière), flanqué de deux petits os rudimentaires, les os de attelle (anciens métacarpiens ou métatarsiens II et IV)3. À l’arrière, on trouve les tendons fléchisseurs, qui plient le membre, et le ligament suspenseur du boulet, sorte de hamac élastique qui soutient l’articulation du boulet à chaque foulée.
Pourquoi cette zone est à la fois robuste et fragile
À chaque appui, le canon absorbe des forces considérables, qui remontent du sol vers le corps et redescendent dans l’autre sens à l’impulsion. L’os est conçu pour ça, mais comme aucun muscle n’enrobe cette zone, un choc ou une surcharge répétée touche directement l’os, la peau et les tendons4. En clair : une armature solide, mais pas d’airbag.
Les affections courantes du canon
Une zone sans coussin musculaire, ça s’abîme : voyons les atteintes que je rencontre le plus souvent chez les propriétaires.
Suros, bucked shins, tendinites, fractures : causes et signes
Le suros est une excroissance osseuse qui se forme souvent sur les os rudimentaires, à la suite d’un traumatisme, d’une inflammation ou d’une anomalie ; en phase aiguë, il se manifeste par chaleur, douleur et gonflement5. Les bucked shins, ou « canons noirs », sont une inflammation du périoste (la membrane qui enveloppe l’os) typique du jeune cheval qui travaille trop tôt ou trop fort, et les fractures de fatigue sont le stade supérieur de la surcharge6. Le tableau ci-dessous donne des repères généraux, jamais un diagnostic : seul le vétérinaire tranche.
| Affection | Cause principale | Signes visibles | Gravité et urgence | Prise en charge générale |
|---|---|---|---|---|
| Suros | Traumatisme ou inflammation d’un os rudimentaire, surcharge | Bosse dure sur le canon, parfois chaleur et douleur au début | Souvent modérée ; avis vétérinaire si chaud ou boiteux | Repos, anti-inflammatoires prescrits, suivi |
| Bucked shins | Surcharge de travail sur un jeune squelette | Canon avant chaud, sensible, parfois gonflé | Modérée à élevée ; arrêt du travail | Repos, reprise très progressive |
| Tendinite / atteinte du ligament suspenseur | Effort intense, terrain dur ou profond, fatigue | Gonflement à l’arrière du canon, chaleur, boiterie | Élevée ; consultation rapide | Imagerie (échographie), repos long, rééducation |
| Fracture | Choc violent ou fatigue osseuse | Boiterie franche, douleur vive, parfois déformation | Urgence absolue | Immobilisation, appel immédiat du vétérinaire |
Canon gonflé : comment distinguer un simple coup d’une vraie lésion ?
Un canon gonflé ne signifie pas forcément drame, mais il ne faut jamais le banaliser. Un simple coup donne souvent un gonflement localisé, sans chaleur marquée et sans boiterie, qui régresse en un ou deux jours ; une vraie lésion s’accompagne en général de chaleur, de douleur à la pression et d’une démarche modifiée. Le piège classique, c’est le cheval qui boite à peine ou seulement à froid. Mon principe : comparer avec l’autre membre, observer deux ou trois jours, et sans amélioration franche, appeler le vétérinaire.
Jeune cheval, cheval de sport : qui est le plus exposé ?
Le jeune cheval arrive en tête : son squelette n’a pas fini de se solidifier, et un travail trop précoce ou trop intense l’expose aux bucked shins et aux suros. Le cheval de sport vient ensuite, surtout en saut d’obstacles, où les réceptions martèlent les canons, et en course, où la vitesse multiplie les forces. Un canon court et large est d’ailleurs apprécié pour le saut, parce qu’il supporte mieux ces réceptions7. Le cheval de loisir n’est pas à l’abri pour autant : un terrain dur ou une mauvaise reprise après un long repos suffisent.
Palper et observer le canon au quotidien
Le meilleur outil de prévention, c’est la main du propriétaire : cinq minutes de palpation après chaque séance valent tous les diagnostics tardifs.
Palper le canon pas à pas en cas de doute
Voici la méthode qu’un vétérinaire équin vous conseillerait, à faire sur un cheval calme, sur sol plat, en comparant toujours les deux membres :
- Observez le cheval au repos, d’aplomb, pour repérer un gonflement ou une asymétrie.
- Passez la paume de la main à plat sur le canon, de haut en bas, pour détecter la chaleur par rapport à l’autre jambe.
- Palpez l’avant de l’os avec les doigts, en pressant doucement : le cheval ne doit pas se retirer.
- Palpez ensuite l’arrière, tendons et ligament, membre légèrement fléchi : ils doivent être fermes, tièdes, sans bosse ni sensibilité.
- Faites trotter le cheval en main sur sol dur et observez la moindre irrégularité, puis comparez avec l’autre membre.
La clé, c’est de répéter le geste régulièrement : vous connaîtrez la « normalité » de votre cheval, et le moindre changement vous sautera aux yeux.
Signaux d’alerte : quand appeler le vétérinaire ?
Appelez sans attendre en cas de boiterie franche, de douleur vive, de déformation visible ou de refus d’appui : c’est peut-être une fracture, une URGENCE. Un canon chaud et gonflé qui ne s’améliore pas en 24 à 48 heures, une boiterie qui revient, ou un gonflement sur l’arrière du canon justifient aussi une consultation rapide. Et dans le doute ? On appelle, c’est toujours moins cher qu’une lésion aggravée.
Soigner et prévenir les problèmes de canon
Vous avez repéré un souci : que se passe-t-il ensuite ? Et surtout, comment éviter d’en arriver là ?
Diagnostic et traitements : les repères à connaître
Le vétérinaire commence par un examen clinique (palpation, observation à l’allure), puis il s’appuie souvent sur l’imagerie : radiographie pour les os, échographie pour les tendons et le ligament. Le traitement repose en général sur le repos, les anti-inflammatoires prescrits et une reprise progressive, mais le protocole dépend de la lésion et ne s’improvise pas. Quant à l’argile ou aux huiles essentielles, aucune preuve solide ne démontre leur efficacité sur une lésion du canon : demandez toujours conseil avant.
Prévenir les atteintes : âge de mise au travail, terrain et intensité
Alors, comment limiter les risques ? D’abord en respectant l’âge de mise au travail et en montant en charge très peu à peu. Ensuite en surveillant le terrain, ni trop dur, ni trop profond, et en adaptant l’intensité au niveau du cheval. Une ration équilibrée, un poids maîtrisé et la protection des membres complètent le tout8.
Combien coûte une prise en charge ou une opération ?
Voilà la question que tout le monde se pose en silence. Impossible de donner un chiffre unique, car tout dépend de la lésion : une consultation avec un traitement simple reste modeste, une imagerie (radio ou échographie) ajoute un budget supplémentaire, et une chirurgie ou une immobilisation longue peut atteindre plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros. Les facteurs de variation sont la région, la clinique, la gravité et la durée de convalescence : demandez un devis à votre vétérinaire, c’est la seule réponse fiable.
Protéger le canon : guêtres et bandes
Même bien entretenu, le canon reste exposé aux chocs, d’où l’intérêt d’une bonne protection, à condition de bien choisir.
Saut, galop, dressage : quelles protections choisir ?
Le choix dépend de la discipline et du type de risque : coups de sabot, frottements, réceptions. Voici un repère rapide :
| Discipline | Protection adaptée | Intérêt | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Saut | Guêtres rigides à l’avant, protège-boulets à l’arrière | Protège des barres et des coups de sabot | Ne pas serrer trop fort, vérifier l’ajustement |
| Galop / course | Bandes de repos ou de travail, guêtres légères | Soutien et protection des tendons | Risque d’échauffement si trop couvrant |
| Dressage | Guêtres légères ou protège-boulets | Protège des interférences | Choisir un matériau respirant |
| Travail à pied | Bandes ou guêtres souples | Protection contre les frottements et les chocs | Retirer après la séance |
Limites et erreurs de pose à éviter
Les protections ne sont pas magiques : mal posées, elles peuvent nuire. Un serrage excessif comprime les tendons, une mauvaise répartition crée des points de pression, et des guêtres épaisses provoquent un échauffement des tendons dont on parle trop peu. Pensez aussi à l’hygiène : on les retire après l’effort, on les nettoie, et on ne remet pas des guêtres sales ou humides.
Sources
- https://www.aucoeurdeschevaux.com/c/canon-3944.php [1] [4] [6]
- https://horserizon.com/definition-cheval/canon/ [2] [7]
- https://www.cheval-energy.com/fr/cheval-energy-academy/post/suros-chez-le-cheval.html [3] [5] [8]







